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Paroles d'expert

Avril 2012


Financer sa reprise

 

G-POURREDONPar Gilles Pourredon, responsable du service des crédits aux professionnels au Crédit Agricole des Savoie.

 

Le ratio bancaire dit de « capacité de remboursement » est souvent source d’inquiétude pour les candidats à la reprise. Qu’en est-il exactement ?

Les candidats à la reprise ont besoin d’avoir des repères quasi scientifiques mais il faut que chacun comprenne qu’il est un cas unique. Les banquiers abordent ainsi en priorité avec eux deux choses : leur projet économique et leur capacité à le mener à bien. Nous avons besoin de valider ces deux points avant d’aller plus loin. Quant à la capacité de remboursement d'un projet, elle se détermine, d'elle même, en fonction de la rentabilité structurelle de l'activité projetée et du niveau d'endettement global nécessaire.

 

Une fois convaincu de la viabilité du projet, quels paramètres prenez-vous en compte dans l’évaluation du dossier ?

Nous nous intéressons au plan de financement et au niveau d’endettement maximum que peut supporter le repreneur.

Si les besoins financiers de la reprise sont trop fortement couverts par les endettements bancaires par exemple, l’opération n’est pas possible (saturation de la capacité de remboursement).

Nous vérifions également si le montage financier permet de conserver une capacité disponible pour les besoins de fonctionnement de l'exploitation.

 

Est ce que maximum 60% de la capacité d’autofinancement (CAF), doivent être consacrés au remboursement de l'emprunt comme on le lit souvent?

C'est très variable selon le projet et, surtout, encore une fois, tout dépend des besoins de financement résiduels liés au cycle d'exploitation.

Toutefois, nous étudions toujours un scénario « de stress » : nous dégradons volontairement les différents ratios d’exploitation connus comme le chiffre d’affaires, les prix pour évaluer la solidité du projet en cas d’aléas conjoncturels.

Nous sommes toujours très réservés par ailleurs lorsqu‘on nous présente un projet de reprise réalisable dès lors que l’entreprise doit faire progresser son activité de 10 à 20% par an. Il faut être capable de dégager la capacité de remboursement sur la situation actuelle et non sur un potentiel développement trop ambitieux.

Nous regardons bien sûr le prix de la reprise. L’évaluation est toujours difficile, à chaque fois différente selon le cas, mais il existe des ratios et des référentiels en fonction du secteur d’activité, de l’implantation…

Pour une entreprise industrielle par exemple, les critères de valorisation, outre le niveau de chiffre d’affaires, porteront plus sur l'appréciation de l'outil de travail, du produit, du marché, des clients/fournisseurs et des performances intrinsèques de l'entreprise (niveau d'EBE notamment).

Pour un commerce de détail, outre le niveau de CA, le secteur d'activité, l'implantation géographique et la valeur de fond de commerce qui en découlent seront essentiels dans la détermination du prix.

Si le prix diffère de nos critères, nous essayons d'en comprendre la raison.

 

Quid de la prise de risque ?

Un projet de reprise ne peut se concevoir que dans un partage de responsabilité et de prise de risque. Dans un projet qui fait 100, nous demandons au repreneur, en règle générale, de prendre un risque minimum de 20 et nous assurons 80. L’effet de levier du banquier est important, nous sommes là pour ça mais cela ne doit pas exclure le partage du risque. C’est normal.

 

Quels conseils donneriez- vous à un candidat à la reprise ?

J’en vois plusieurs :

  • Montrez à votre banquier que vous maîtrisez bien le projet économique de votre entreprise.
  • Arrivez avec un projet bouclé, bien conçu et bien structuré. Ne négligez pas sa présentation. Votre banquier a d’abord besoin de vous découvrir, vous et votre projet.
  • Essayez de traiter en amont le scénario « stress »
  • Raisonnez sur l’existant. On ne force pas le destin.
  • N’hésitez pas à vous faire accompagner (chambres consulaires, réseaux, plateformes initiatives, business angels, expert comptable, avocat)

 

 

Janvier 2012


« La clause de non concurrence permet de bien cadrer les choses »

 

expert-janvier2012Par Maître François-Philippe Garnier.
Avocat.
Bâtonnier du Barreau de Bonneville

 

A quoi sert la clause de non concurrence ?

La clause de non concurrence permet de sécuriser une relation contractuelle. Elle accompagne souvent les contrats de cession d’activité (vente de fonds de commerce, cession d’entreprise ou d’actions). Elle définit les critères qui permettront, une fois la vente conclue, d'éviter d'éventuels litiges liés à des questions de concurrence (si le cédant redémarre une activité similaire à proximité par exemple).

 

Faut-il l’envisager systématiquement lors d’un acte de cession ?

Je conseille fortement de l’intégrer et ce, quel que soit le motif de la vente. Cette clause permet de bien cadrer les choses pour le repreneur comme pour le cédant. Chacun sait ainsi clairement quels sont les engagements à respecter, ce qu’il peut faire ou pas. Cela va toujours mieux en le disant et… en le formalisant !

 

A quel moment doit-elle intervenir ?

La clause de non concurrence appartient à la négociation précontractuelle. C’est un document très technique qui porte atteinte à un principe constitutionnel (la liberté du commerce et de l'industrie) et qui fait l’objet de nombreuses jurisprudences d’où la nécessité de bien définir les modalités (durée, secteur, conditions de réinstallation…) dès les formalités de cession. Il est important de s'adresser à un professionnel car, au regard de ces exigences, sa rédaction demande une grande vigilance.